Accompagner la scolarisation à tous âges

JM Maillet Contoz, dans La scolarité, le 9 octobre 2020 0 commentaire

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Rencontre avec le collectif La courte Echelle

Je m’appelle Jean-Marc Maillet-Contoz, je suis paraplégique depuis l’âge de 8 ans et j’ai décidé de consacré ma vie professionnelle aux personnes en situation de handicap. Il y a 23 ans j’ai créé le média Handirect qui est à la fois un magazine papier et un site internet à destination des personnes concernées directement ou indirectement par le handicap. J’ai rencontré des milliers de personnes en situation de handicap afin de porter leur voix, j’ai présidé des associations dans le champ du handicap et organisé des événements sur les thèmes de l’accessibilité et de l’emploi. Je reste particulièrement sensible à la situation des enfants touchés par un handicap, car j’en fus un ! La société doit offrir à ces enfants plus d’opportunité et de chances de réussite car leur parcours est quoi qu’il arrive plus difficile et se construit sur la résilience.

La scolarisation des enfants en situation de handicap, comme pour toute personne qui souffre d’un handicap, représente encore aujourd’hui un parcours du combattant. Si la loi de 2005 a grandement fait évoluer la situation, il n’en reste pas moins que de nombreux parents, professionnels du milieu spécialisé et enseignants sont chaque année confrontés à des situations de blocage ou de conflit.

C’est l’une des raisons d’être de la Courte échelle, une association qui veille à la bonne application des textes en matière d’inclusion scolaire. Elle accompagne les parents et les professionnels dans une juste compréhension de la loi et les oriente vers la meilleure manière de faire valoir leurs droits.Dans le  même temps, La Courte Echelle cherche à faire avancer la question du parcours scolaire vers le droit commun pour tous les élèves quelques soient leurs besoins spécifiques. C’est Odile Baton, présidente de l’association, qui nous présente son fonctionnement, ses actions et ses objectifs.

Odile Baton a mené une carrière professionnelle dans le secteur médicosocial et s’est rapidement spécialisée dans l’accompagnement des enfants en situation de handicap à l’école. Dès 1982, elle fut l’une des actrices de terrain qui a initié et mis en œuvre les démarches d’accueil des enfants en situation de handicap à l’école. Bien qu’elle ait consacré une grande partie de sa vie professionnelle à cette cause, elle continue de la défendre à titre bénévole au sein de la Courte échelle.

Pouvez-vous nous présenter la Courte échelle ?

La Courte échelle, est une association d’associations. Ces membres sont soit des parents, soit des professionnels. En 1986, lorsque le sujet de l’intégration scolaire émerge, quatre associations lyonnaises engagées sur ce thème se sont regroupées pour réfléchir à la question de l’accompagnement scolaire au sein des écoles. À cette époque, les enfants n’étaient accueillis à l’école que pour suivre l’enseignement des matières «  nobles » mais étaient rarement conviés aux activités périscolaires, telles que les voyages scolaires, activité sportives ou autres classes vertes ou même cantine. Les représentants des associations souhaitaient que les enfants soient accueillis pleinement, sans distinction, dans tous les moments de la vie scolaire comme élèves à part entière. C’est à ce moment-là, en 1988, que nous avons commencé à accompagner les enfants à l’école.
Doucement les lois, les textes règlementaires et les mentalités ont évolué, permettant en 1996 de participer à la création d’un réseau national : la FNASEPH (Fédération Nationale pour l’Accompagnement Scolaire des Élèves Présentant un Handicap) sur la question des accompagnants scolaires. En 2003 l’Éducation Nationale s’est emparée de la gestion des services d’accompagnants, devenus des AVS (Auxiliaires de vie scolaire). C’est en 2001 que le collectif est devenu l’association de la Courte échelle réunissant plus d’une vingtaine d’associations dans le champ du handicap sur cette question transversale de la scolarisation.

Quelle est sa raison d’être ?

La création de cette association vient d’un constat établit par les associations fondatrices du collectif : chaque association concernée par ce sujet, s’adresse aux institutions pour obtenir de meilleurs conditions d’accueil qui pour les enfant en situation de handicap physique ou moteur, qui pour les enfants déficient visuel, qui pour ceux souffrant de trouble du neuro-développement.etc…Même si les modalités d’accompagnement changent en fonction du profil de l’élève, la question de fond reste identique : faire en sorte que soit pris en compte les besoins spécifiques de chaque élève pour qu’il soit accueilli, et enseigné comme un élève à part entière.

Quelles actions l’association mène-t-elle et auprès de qui ?

Nos actions sont toutes basées sur la promotion de la scolarisation. Elles ont aujourd’hui comme support la loi de 2005, qui énonce les droits et obligations des différents acteurs de cette scolarisation et propose des dispositions. La loi dit que l’école doit être inclusive ! C’est un postulat qui tient compte de tous les élèves, quels que soient leurs besoins particuliers nous nous faisons un devoir d’être présents et vigilants  dans toutes les instances en charges de ces questions et pour cela nos actions passent par la représentation de l’élève ou de la famille auprès des différentes instances en charge de la scolarisation. Ce peut être l’Éducation Nationale, l’Agence Régionale de Santé ; le Département, la Région…
Nous participons à la formation des AVS( aujourd’hui AESH- accompagnant élève en situation de handicap) pour apporter cette touche particulière de compréhension de ce que représente l’accompagnement d’un enfant en situation de handicap pour les parents. Nous animons une cellule d’écoute téléphonique, et un espace de questions-réponses sur notre site internet  pour les familles et les professionnels (enseignants, médicosocial, profession libérale…) qui viennent chercher des informations, des précisions. Nous entendons la demande, et le rôle que nous nous sommes fixé consiste à restituer la loi, les textes, le contexte, et d’accompagner dans la démarche. Mais nous ne faisons pas les choses à la place des intéressés, nous ne prenons pas un dossier en main pour aller le défendre. Nous donnons les informations les éléments de référence et nous éclairons le demandeur sur la procédure la plus adéquate, pour qu’il puisse faire entendre ou valoir la situation qui le préoccupe. Dans le cadre de nos représentations, nos interventions et prises de positions  prennent appui sur ces situations de terrain restituées de façon anonyme.

Quelle sont les demandes les plus fréquentes ?

Elles sont de deux sortes, ce sont, soit des professionnels du médicosocial, libéral  ou de l’accompagnement qui viennent chercher des réponses sur des cas concrets ; soit des parents – et ce sont les plus nombreux –  qui sont bloqués, ou en questionnement sur une situation et viennent trouver des réponses et un soutien. Nous les aidons à emprunter le circuit le plus efficace pour éviter l’épuisement car ils ont souvent fort à faire. Il arrive aussi qu’ils soient sur la mauvaise route et il nous faut alors, sur la base des textes, les amener à changer de position en leur proposant des choix éclairés. La décision finale leur appartient légitimement. Dans cette droite ligne, nous animons aussi chaque année une soirée–débat ouverte à tous sur « les bonnes questions à se poser », à laquelle participent des représentants de la MDPH, de l’Éducation Nationale, du milieu spécialisé. A cette occasion, nous sommes tous là pour répondre aux questions des parents ou des professionnels et chacun repart avec une documentation pratique. Nous avons aussi organisé plusieurs journées d’étude et d’échange autour des thématiques de l’accompagnement, ouvertes à tous les acteurs : la place de l’AVS, celle des parents, la question des partenariats.etc…

Quelle est la tranche d’âge des élèves qui relèvent de votre mission ?

Nous n’avons pas de tranche d’âge particulière. Cela va de la maternelle aux écoles supérieures et à l’université. Nous pouvons aller jusque dans le champ de la formation professionnelle et de la mise en emploi. Nous n’avons pas de limite ! Mais nous sommes encore beaucoup mobilisés sur la première partie du parcours -maternel, élémentaire et secondaire-, tellement déterminante, pour éventuellement pouvoir accéder au supérieur.
Nous avons accompagné le changement sociétal et la loi de 2005 à laquelle nous avons contribué a donné raison à notre démarche. Notre objectif, est d’aboutir à ce que l’enfant, dès son plus jeune âge, soit pris en compte comme une personne à part entière, pour devenir un citoyen à part entière. C’est la mission de l’école pour tous les enfants. Pour cela nous restons sans cesse vigilants sur l’application des droits énoncés par la loi de 2005 et cherchons à faire évoluer ces droits vers « Le DROIT COMMUN ». Nous sommes aussi fiers d’avoir pu participer à la reconnaissance de la parole du parent, qui, dès l’apparition des problèmes de son enfant, doit bénéficier de la plus grande clarté de vue. Nous existons et agissons pour ces parents souvent  désemparés devant la complexité des procédures et nous le faisons en bienveillance avec les institutions. 

Ce que mettent en œuvre les associations telles que la Courte échelle est essentiel pour que les enfants handicapés mais aussi les moins jeunes sentent qu’ils ont un véritable rôle à jouer dans la société. Se sentir aimé, reconnu, apprécié et voir dans les yeux des autres une promesse d’avenir et de confiance c’est ce que chaque enfants doit pouvoir ressentir pour se construire et réussir. C’est selon moi l’un un rôle que doit jouer l’école et pas uniquement les parents. L’école nationale doit accueillir ces enfants en situation de handicap et les accompagner pour en faire des citoyens d’exception ils contribueront ainsi à faire grandir notre société et changer le regard sur le handicap.

https://www.lacourte-echelle.org/