Rencontre avec l’Association Une souris verte : soutien et accompagnement à la parentalité

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Je suis Jean-Marc Maillet-Contoz le directeur du magazine et site spécialisé « Handirect ». Aujourd’hui, je vous propose de découvrir les différents aspects de la parentalité, interprétés et mis en œuvre par l’association « Une souris verte ». Cette association fut une pionnière des crèches pour jeunes enfants en situation de handicap accueillis en compagnie de leurs petits camarades sans handicap. Une initiative qui a suscité de nombreuse vocations et permis à l’association d’étendre ses compétences et son savoir-faire dans d’autres domaines. C’est ce que nous allons constater au cours de cet article.

« Une Souris Verte » dans son rôle d’accompagnement à la parentalité

L’association « Une Souris Verte » est née en 1989, de la volonté de parents d’enfants en situation de handicap. Pour faire face à leurs difficultés et répondre aux attentes d’autres parents, ils ont créé une halte garderie accueillant des enfants différents en compagnie d’autres enfants.

Accompagner et mettre en lien
 

Plus de 30 ans après, l’association « Une Souris Verte » poursuit son objectif d’agir pour la participation sociale des jeunes enfants en situation de handicap et d’accompagner les familles et les professionnels dans leur quotidien. En ce sens, elle a développé au fil du temps plusieurs actions que nous allons en partie explorer dans cet article. Nous allons évoquer plus particulièrement le rôle que l’association joue dans les aspects de la parentalité.
Pour cela, nous avons rencontré Raphaël George, responsable de la communication de l’association, et Mathilde Anthouard, responsable des Espaces Rencontres Familles.
En préambule, et pour bien comprendre le déroulé de l’article, il nous semble important de préciser la philosophie de l’association. Celle-ci respecte un mode de fonctionnement qui repose sur le principe d’accompagner les professionnels et les familles, et de les mettre en lien pour créer une dynamique autonome qui n’est polluée par aucun dogme.

Priorité au droit commun

Les actions d’Une Souris Verte entrent pleinement dans le cadre de la loi de 2005, qui a pour but de favoriser la participation à la vie citoyenne et la vie sociale de tous. Elle fait donc appel au droit commun en priorité pour une participation citoyenne comme tout un chacun. La finalité de toutes ses actions est véritablement de permettre aux familles d’enfants en situation de handicap d’exercer leur droit fondamental au même titre que toute autre famille, et ce dès la petite enfance. Une Souris Verte agit pour que les structures du droit commun entrent dans une dynamique inclusive et accueillent sans distinction tous les enfants, en situation de handicap ou non.

Formation  et sensibilisation à l’accueil des jeunes enfants en situation de handicap

En introduction, Raphaël George nous éclaire sur la diversification de l’association :
« Aujourd’hui, Une Souris Verte a développé de nombreuses actions qui dépassent notre rôle de gestionnaire de crèches que tout le monde connait, explique-t-il. Nous sommes aussi centre de formation à destination des professionnels et animons par ailleurs le Pôle de Ressources et d’Appui Petite Enfance, Enfance, Loisirs & Handicap du Rhône, au service des familles comme des professionnels.
Nos formations sont disponibles sur toute la France et abordent des aspects théoriques mais stratégiques, comme par exemple, repenser l’accueil des jeunes enfants dans les structures.
Le Pôle de Ressources agit de son côté pour accompagner les professionnels, les familles, et créer du lien, ce qui nous semble indispensable ».
L’association possède pour cela un vaste fonds documentaire et un service « questions-réponses » mis gratuitement à disposition des parents et des professionnels. Ce fonds documentaire est secondé par le site Enfant-Différent.org qui offre aux personnes concernées un panorama de leurs droits et des démarches à effectuer pour les faire valoir.  L’accent est toujours mis sur la possibilité de créer des liens entre les familles mais aussi avec les institutions et/ou administrations pour faire aboutir les démarches au mieux », commente Raphaël George.
Il ajoute : « Le Pôle de Ressources agit aussi en appui des structures petite enfance, enfance et loisirs. Cela signifie que les membres d’un centre social, une crèche, un centre de loisirs, ou une garderie qui se questionnent, ou se trouvent confrontés à une situation difficile, peuvent nous interpeler pour permettre l’accueil d’un enfant en situation de handicap dans les meilleures conditions. Et c’est aussi valable pour les familles ». Des explications complétées par celles de Mathilde Anthouard : « C’est l’occasion pour nous de sensibiliser la structure à l’accueil des jeunes enfants en situation de handicap de manière permanente. Nous aidons les équipes à repenser leur projet dans un esprit inclusif et à harmoniser ce qui est déjà souvent inscrit dans leur projet ».  Ce type de demande peut aussi provenir de communes ou d’élus qui portent une politique de réorganisation et d’amélioration de la qualité d’accueil des enfants et des familles.
 

Accueillir, écouter et respecter les demandes des familles

Mathilde Anthouard, chargée de mission Accompagnement des familles au sein du Pôle de Ressources, nous oriente vers le thème de la parentalité. Elle nous présente sa mission :
« Mon rôle va d’abord en direction des familles, mais aussi des professionnels qui souhaitent mettre en place un accompagnement familial, dans l’écoute et le recueil des besoins. Sur ce deuxième point, j’évoque les IME, les instituts spécialisés, les gestionnaires d’établissements médicaux et paramédicaux, qui viennent à notre rencontre pour mettre en place une dynamique d’accueil des familles ».
Le cœur de la mission de Mathilde Anthouard « consiste à mettre en lien des parents d’enfants en situation de handicap qui se retrouvent, où se sentent isolés », précise-t-elle. « Isolés parce qu’ils ont le sentiment de vivre une situation unique et que les liens avec le cercle familial, amical ou de voisinage sont parfois difficiles. Ces familles ont le sentiment de ne pas être comprises ou seulement entendues ».

Les rencontres entre parents

On peut le comprendre car à chaque étape de la vie de l’enfant se posent des questions auxquelles ne sont pas confrontés des parents en situation ordinaire. La vie scolaire, sanitaire, sociale et citoyenne de l’enfant sont des sujets qui reviennent sans cesse sur le tapis et consomment une énergie folle. En réponse à ces parcours de vie chaotiques, Mathilde Anthouard organise des rencontres entre parents pour leur offrir un espace de pair accompagnement, d’échanges d’expériences, pour avoir un retour sur leur propre expérience.
« Ces rencontres vont enrichir la réflexion des parents à un moment parfois décisif » souligne-t-elle. Il y a la fonction de soutien réciproque et d’échanges d’informations, de trucs et astuces, mais aussi la naissance de liens amicaux qui sont essentiels et qui fluidifient un peu la vie. C’est le retour que nous en avons. « Fluidité » et « ici je me sens compris » sont des termes qui reviennent sans cesse », ajoute Mathilde Anthouard. Elle reprend : « Les parents profitent d’une culture expérientielle commune ». À noter que ces rencontres sont à la fois gratuites et sans inscription préalable. À la question de la communication, c’est le bouche à oreilles qui fait le succès de ces rencontres parents, confortées par une présence sur les réseaux sociaux et un maillage de professionnels qui relaie ces informations.
« La communication est très importante car si beaucoup de personnes connaissent Une Souris Verte, nous devons sans cesse communiquer pour les nouveaux parents concernés par le handicap ou la maladie et qui pour la majorité sont sans accompagnement », rappelle Mathilde Anthouard.

Culture familiale et position de vie

Sous cet angle de la parentalité nous abordons un aspect culturel car la situation de chaque famille est différente : « Il y a celles qui ne voudront jamais se rapprocher d’associations comme la nôtre, notamment parce que pour certaines d’entre elles il n’y pas de fracture de parcours quand le handicap est révélé. Ou parce que les parents ne souhaitent pas rencontrer d’autres familles, notamment parce qu’ils peuvent craindre leurs propres émotions. Mais cela peut évoluer dans le temps. La notion de parents s’entend dans le sens d’un groupe familial et d’adultes qui prennent soin de l’enfant, en dehors des professionnels ».
L’association joue avant tout un rôle de générateur de liens sociaux en portant une vigilance toute particulière à ce que sont les envies des parents en respectant le fait que chaque famille est différente dans son fonctionnement et son approche de la parentalité. Certaines familles ne sont pas en recherche de lien social ou de rencontres avec les autres familles, c’est pourquoi Une Souris Verte propose une offre variée et graduée en fonction des attentes.

Lorsqu’il faut répondre de manière personnalisée aux parents qui rencontrent des difficultés de compréhension et de gestion de leur situation, l’association propose les « Rendez-vous kesako », dans lesquels sont traités des sujets en lien avec la MDPH, l’école, le répit, l’emploi… Mais encore une fois l’association joue ici essentiellement un rôle de lien.

Créer les conditions de l’autonomie et se mettre en retrait

« Dans toutes ses approches, Une Souris Verte se met de plus en plus en retrait pour donner plus d’espace et d’initiative aux parents », reprécise Mathilde Antouard qui refuse le rôle de super « sachant » toujours prêt à donner un conseil. C’est à un tel point qu’aujourd’hui, des parents s’auto-organisent pour leurs rencontres mais peuvent toujours s’adresser au service « questions/réponses » en cas de besoin. L’association se positionne en accompagnement des parents : là où ils en sont. « Nous sommes convaincus que marcher à côté des parents est beaucoup plus profitable que de donner des conseils ou d’être dans les injonctions. Cet état d’esprit traverse l’association et nous nous faisons un devoir de ne répondre qu’à la question posée, sans faire d’interprétation ou de digression autour car nous ne savons pas où le parent veut aller. Nous le suivons et nous nous rendons disponibles sans prendre les devants. C’est la posture qui répond à la question de l’accompagnement à la parentalité ». Cet état d’esprit révèle l’ADN de l’association et la différencie de beaucoup d’autres comme de certains courants de la parentalité fondés sur des dogmes.

Comme nous pouvons le voir à travers l’exemple d’Une Souris Verte, la parentalité est une approche personnelle, culturelle et surtout très sensible. Il est délicat voir inapproprié pour une association de donner des conseils aux parents d’un enfant en situation de handicap, qui sont déjà sous pression, dans une société inadaptée. La direction de l’association a compris que ce qui respectait le mieux l’écologie des parents, c’était la position basse. Celle qui consiste à écouter sans juger, sans conseiller et sans dogme. Créer les conditions du lien, de la réflexion, de la connaissance et de l’amélioration continue c’est la posture que l’association a décidé de prendre dans son rôle d’accompagnement à la parentalité.


Pour plus d’informations

PÔLE DE RESSOURCES ET D’APPUI, DU DÉPARTEMENT DU RHÔNE, PETITE ENFANCE, ENFANCE LOISIRS ET HANDICAP
- Les Espaces Rencontres Familles : les Cafés des parents et grand-parents, la Pause du mercredi, le Temps du déjeuner, le P’tit Expresso, les Ludisouris, les Rendez-vous kesako, etc.
- L’espace Information & Documentation : service questions-réponses, centre de documentation, 
site internet Enfant-different.org ; Actions d’appui Petite Enfance, Loisirs & Handicap ; Réseau Différences & Petite Enfance (Ville de Lyon uniquement)

ACCUEIL DE JEUNES ENFANTS
Les 3 structures d’accueil :
 - Une Souris Verte, 2 rue Kimmerling – 69003 Lyon,
-  Souris 7, 7 rue Prosper Chappet – 69007 Lyon,
- Petite Souris, 13 rue Hector Berlioz – 69120 Vaulx-en-Velin.