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Usage des chemins locaux en VTT, course à pied et moto trail

Contribution

Mon observation du terrain (Sud de l'Ain / Isère)

Habitant à proximité immédiate au sud de l’Ain, j'ai de la famille et des amis dans ce secteur. J'emprunte régulièrement ces chemins, que ce soit à pied, à vélo ou en moto trail. Le constat est simple : ces voies sont déjà parfaitement praticables à vélo en l'état, et je n'y croise quasiment jamais personne.

Vouloir bétonner ou goudronner ces parcours sous prétexte d'en faire des vélo-autoroutes est un non-sens. De plus, à moins de dérouler du bitume partout, ces aménagements excluront d'office les pratiquants de vélo de route ou de vitesse, dont les pneus fins ne supportent pas les pistes cyclables non revêtues. On crée donc une infrastructure coûteuse qui exclut aussi une partie des cyclistes.

1. Privatisation déguisée et illégalité administrative

Les chemins ruraux appartiennent aux communes et sont dédiés à l'usage du public : piétons, cavaliers, cyclistes et véhicules motorisés homologués et assurés. C'est d'ailleurs souvent le passage de ces véhicules qui entretient naturellement les voies, évitant des coûts à la commune.

Le projet en Isère veut transformer 12 km de ces chemins en voie réservée au cyclotourisme. C'est une privatisation du domaine public. Légalement, une simple décision administrative ne suffit pas pour aliéner un chemin rural ; il faut prouver qu'il est inutilisé depuis 30 ans, ce qui est faux ici.

Pourquoi interdire le jeune en cyclo, le cavalier ou le motard pour installer une autoroute à vélo de 3 mètres de large, bardée de panneaux d'interdiction, dans un espace naturel ? Forcer les autres usagers à se reporter sur des départementales saturées va à l'encontre de la sécurité routière. Il faut au contraire diluer le trafic, voire réouvrir les chemins ruraux annexés par les riverains ou labourés par le remembrement. Enfin, cette fermeture permanente est disproportionnée pour un usage ultra-saisonnier (juillet/août), comme on le voit déjà au lac de Paladru où les cyclistes boudent la piste cyclable pour rester sur la route.

2. Contresens républicain et écologique : pour un "Code des chemins"

Ce projet tourne le dos au vivre-ensemble et à la liberté de circulation sous couvert de "cohabitation". On ségrégue les usagers en réservant un espace naturel à quelques privilégiés estivaux. L'argument de la biodiversité ne tient pas : les rapports officiels de l'État montrent que l'effondrement de la biodiversité est lié à l'artificialisation des sols et à la surexploitation des ressources, pas au passage sur les chemins.

Au lieu d'interdire, il faut créer un "Code des chemins" dans le Code de la Route, calqué sur le concept du code de la rue en zone urbaine. L'objectif : poser des règles de partage basées sur le principe de prudence, le respect mutuel et le développement d'un maillage dense.

Il faut sauver ce patrimoine par des actions de prévention et d'entretien, et faire renaître les chemins oubliés au cadastre. C'est la seule solution pour absorber la demande croissante des sports de nature et de la mobilité verte intercommunale.

3. Surtourisme et réalités locales

Les lacs alpins saturent déjà. Pourquoi accentuer le surtourisme en créant des zones de repos exclusives pour les cyclistes à Charavines, là où le stationnement est déjà impossible les jours de marché et de plage ?

La réalité estivale du secteur (Bilieu / Charavines), ce sont des renforts de gendarmerie (deux militaires de plus prévus pour cet été 2026), des ambulances en rotation constante pour les touristes, et les nuisances des soirées du camping. Le quotidien des riverains est déjà bien assez impacté.

La nature doit rester accessible à tous, sans distinction, à condition d'être parcourue avec respect. L'avenir est au partage intelligent, à l'évolution vers des pratiques propres et silencieuses (incluant les mobilités électriques au sens large, pas uniquement les vélos), mais certainement pas dans le développement de vélo-autoroutes qui dénaturent l'environnement.